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Afrique Australe : Interpréter la Convention relative aux réfugiés, 60 ans après
20 juin 2011

Fuyant l'effondrement économique et des violations des droits de l'homme, les Zimbabwéens sont considérés comme migrants sans papiers plutôt que comme réfugiés. Pourtant beaucoup d'entre eux ont désespérément besoin de protection, Limpopo, Afrique du Sud (Peter Balleis SJ/JRS)
Sans le soutien conjugué d'un cadre législatif amélioré et d'un engagement international pour apporter de l'aide aux pays d'accueil plus pauvres, il sera de plus en plus difficile d'assurer que les droits des personnes déplacées de force soient respectés en Afrique Australe.
Johannesburg, 29 juin 2011 – Au cours de ces 60 dernières années, la Convention de Genève a donné la possibilité de vivre en sécurité à des millions de personnes fuyant la persécution. La protection sera fournie à une personne selon une série de critères, tels qu'énoncés  dans la loi internationale. Avant que la protection ne devienne réalité ces principes généraux doivent être traduits en législation ou en politique locales, et mis en oeuvre. Malheureusement ceci, fréquemment, ne se réalise pas.

En outre, le monde a changé et, en Afrique Australe, les définitions établies dans la Convention apparaissent de plus en plus comme dépassées dans certains contextes, ne permettant pas d'aider ceux qui sont en très clair besoin d'aide internationale. L'Afrique Australe héberge une large population de réfugiés, et l'Afrique du Sud a le plus grand nombre de demandeurs d'asile enregistrés dans le monde. Des pays souffrant d'insécurité alimentaire comme le Zimbabwe et le Malawi accueillent dans des camps des milliers de réfugiés de tout le continent. Ces camps limitent souvent les mouvements des personnes et les possibilités d'emploi, et sont non seulement suffocants et improductifs, mais inaptes à couvrir les besoins des populations mobiles.

Réfugiés urbains

La longue durée de nombreux conflits africains qui sont à l'origine de ces déplacements a obligé de nombreux réfugiés de la région à considérer que leur exil est permanent. Les réfugiés cherchent souvent à construire une nouvelle vie et à développer des stratégies de moyens de subsistance à long terme, plutôt que d'attendre dans des camps que le conflit qui a causé leur déplacement arrive à sa fin.

Par conséquent, de grands nombres de demandeurs d'asile et de réfugiés choisissent d'aller vivre dans les zones urbaines d'Afrique, par exemple Johannesburg et Nairobi, Luanda et Lilongwe pour n'en mentionner que quelques-unes. Les zones urbaines, en particulier dans des pays plus développés comme l'Afrique du Sud offrent des possibilités d'activités économiques et d'éducation, ainsi qu'un accès amélioré aux services. Les zones urbaines offrent aussi la présence d'autres réseaux sociaux développés fournissant soutien et aide.

Les 'réfugiés urbains' résident en dehors des camps désignés pour de nombreuses raisons, ce terme n'implique pas la légitimité de l'habitation urbaine. Dans certains cas, les réfugiés vivent dans des zones urbaines sans l'autorisation de leur gouvernement d'accueil, ce qui les expose au risque d'être arrêtés, harcelés et déportés. Cela encourage les réfugiés à garder le profil bas comme mécanisme de sécurité, ce qui les rend une des populations de réfugiés les plus difficiles à soutenir et aider.

La politique d'installation en camps se base sur la législation du pays d'accueil, variant de pays en pays, et enfreint directement  la Convention de Genève. Les restrictions de mouvement, et les risques qui s'ensuivent pour les réfugiés urbains, sont un des  plus pressants problèmes que doivent affronter les migrants forcés.

En association avec les risques mentionnés ci-dessus, un des problèmes fondamentaux que doivent affronter les réfugiés urbains, est l'accès aux services. Ils rencontrent de notables difficultés à accéder au logement, aux services médicaux et éducatifs, soit parce qu'ils vivent illégalement dans des zones urbaines, soit parce qu'ils sont objets de discrimination de la part des pourvoyeurs locaux de services. Des rapports d'Afrique du Sud mentionnent des cas de réfugiés à qui des soins ont été refusés dans des hôpitaux d'Etat ainsi que des cas d'harcèlement par les forces de police locales.

En fait, l'aide aux réfugiés urbains est un des obstacles que doivent affronter à la fois les réfugiés et les pourvoyeurs de services. De nombreux agents de police et des fonctionnaires de l'immigration sont ou bien peu formés en matière de droits des réfugiés ou bien peu supervisés en matière de conformité juridique. Cela peut entraîner la déportation de réfugiés.

Récemment, l'UNHCR (l'organisation des Nations Unies pour les réfugiés) a reconnu le besoin d''élargir l'espace de protection' pour les réfugiés dans les zones urbaines en développant une politique qui reconnaît le besoin d'autonomie et l'harmonisation de la législation du pays avec la législation humanitaire internationale.

Ce processus est toutefois lent et rencontre beaucoup de résistance politique dans quelques pays d'accueil pauvres. Le ressentiment de pays souffrant d'insécurité alimentaire, comme le Mozambique ou le Malawi est tangible – la présence de réfugiés est vue comme étant à la fois un poids non nécessaire et une pression injuste sur leurs ressources déjà limitées.

Certes, ce concept d' 'élargir l'espace de protection' est un concept crucial, comme l'atteste la situation de l'Afrique Australe. La situation tragique des Zimbabwéens, connus comme « migrants de survie », qui traversent les frontières de l'Afrique du Sud et d'autres pays voisins a posé un vrai défi à la Convention de Genève.

Ce terme est utilisé en référence à ces populations vulnérables qui ne correspondent pas à la définition conventionnelle du réfugié, mais ont toutefois besoin d'aide internationale. Ceci apparaît de manière particulièrement poignante dans le sort pénible des Zimbabwéens indigents, qui n'ont pas accès à la nourriture, à la terre, à la sécurité, mais ne sont pas vus comme réfugiés de la Convention de Genève. Pourtant, les classer comme migrants économiques ne tiendrait pas compte de la nature forcée de leur migration et de l'impossibilité dans laquelle ils se trouvent de contrôler  leur situation précaire.

Convention africaine relative aux réfugiés

Ces groupes posent de sérieux problèmes aux pourvoyeurs de services, en particulier aux pourvoyeurs gouvernementaux en Afrique Australe, qui ont le mandat de ne servir que des réfugiés. Il y a aussi le problème des personnes ayant de pressantes préoccupations de sécurité, dont les cas peuvent se perdre parmi les migrants pressant de la même manière pour leur survie.

En réponse aux situations changeantes dans les pays d'accueil, de nombreux avocats des droits de l'homme insistent pour que la définition du réfugié soit élargie, et qu'elle inclue les personnes déplacées dans leur propre pays ainsi que celles qui fuient les conflits généralisés. Néanmoins, dans le cadre de l'environnement politique actuel, il est peu probable que les Etats rédigent une convention relative aux réfugiés qui couvre les besoins de ces populations. Au contraire, re-négocier la Convention de Genève serait comme ouvrir la boîte de Pandore.

Des progrès en matière de protection des populations vulnérables devraient se concentrer sur complètement de la Convention de Genève par la mise en place de traités régionaux. Dans ce cas, cela signifie mettre de la pression sur les nations d'Afrique Australe pour appliquer la convention relative aux réfugiés de l'Union Africaine, dont la définition du réfugié est beaucoup plus large que celle des Nations Unies, incluant les personnes qui fuient des « événements perturbant fortement l'ordre public. » Elle encourage également les Etats à appliquer la convention africaine en faveur des personnes déplacées internes.

Pourtant, ce n'est pas seulement une question de volonté politique. Les Etats de l'Afrique Australe reçoivent un nombre disproportionné de personnes déplacées de force. S'il est juste que la communauté internationale et la société civile incitent la région à protéger les populations vulnérables, il est aussi juste qu'elles partagent une partie de ce poids, en s'engageant à augmenter les réinstallations de réfugiés, et en donnant un soutien accru aux pays les plus pauvres qui se battent pour absorber les coûts liés à l'accueil des réfugiés et des demandeurs d'asile.
 
Sans le soutien conjugué d'un cadre législatif amélioré et d'un engagement international pour apporter de l'aide aux pays d'accueil plus pauvres, il sera de plus en plus difficile d'assurer que les droits des personnes déplacées de force soient respectés en Afrique Australe.

Robyn Leslie, Responsable de l'advocacy, JRS Afrique Australe

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